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Auteur:
Année de création:
Nombre de tomes:
Editeur:

Genre:

Kazuki Takahashi
1996
38
Kana
Shonen d'aventure

Dans la famille "bon shonen mais largement sous-estimé", je demande Yu-Gi-Oh ! Victime de son succès et du coté commercial qui l'envahit peu à peu, le manga est souvent réduit au terme "manga pour gosses", ce qu'il n'est pas vraiment…

Yugi Mûto est un garçon gentil. Sans doute un peu trop, d'ailleurs. Preuve en est le fait qu'il se fasse emmerder par tous les garçons de sa classe. Son grand-père, gérant d'une boutique de jeux, lui offre un jour un puzzle égyptien, très ancien, jamais reconstitué auparavant. Mais Yugi, doué au niveau des jeux, réussi à l'assembler. Le résultat ne se fait pas attendre et l'esprit d'un pharaon, enfermé dans le puzzle depuis des lustres, va habiter le corps du jeune garçon. Le pharaon est tout l'inverse du petit gars, il est confiant et doué en tout. Il va d'ailleurs bien aider Yugi, l'aidant à se débarrasser de plusieurs voyous et à se faire des amis en les personnes d'Anzu, Honda et Jono-Uchi (les deux derniers ayant été des ennemis du petit Yugi). Mais problème: le pharaon ne se souvient ni de son nom, ni de son passé. Yugi décide donc de l'aider à son tour et de retrouver sa mémoire disparue. Pour se faire, il aura besoin de réunir les sept objets millénaires, dont le puzzle fait partie…

L'histoire de Yu-Gi-Oh (YGO pour les intimes) est assez vaste et ce court résumé, qui n'est pas si court que ça, n'est pas tellement représentatif. Si la mémoire du pharaon est toujours au centre des intrigues, elle sera souvent mise de coté, la faute à de nombreux ennemis arrivant pour troubler tout cela. Même si ceux-ci ont toujours un lien avec les objets millénaires (ils sont souvent les possesseurs d'un d'entre eux), permettant à Kazuki Takahashi de faire avancer l'histoire. Ainsi, YGO n'est pas vraiment un shonen comme Dragon Ball ou Saint Seiya où les arcs n'étaient pas forcément liés entre eux. Ici, chaque arc apporte des précisions sur l'histoire et fait avancer le schmilblick, chaque ennemi battu étant un pas supplémentaire vers les souvenirs du pharaon. Mais tout ceci prend du temps, d'autant plus que Takahashi privilégie des tomes à la chronologie assez lente, laissant peu de place aux ellipses. Trois tomes valent une journée, environ, ce qui vous laisse imaginer le temps que prennent Yugi et les autres pour arriver à leurs fins. Mais cela ne veut pas dire qu'on s'ennuie, loin de là…

Bon, il faut bien dire ce qui est, il est préférable d'adhérer aux jeux de cartes (type Trading Card Games à la Magic, pas la belotte hein) pour apprécier YGO. Non pas que cela soit le seul jeu présent dans le manga (il y a beaucoup de jeux différents dans les sept premiers tomes) mais il prend tout de même une large place dans celui-ci. Pour faire simple, du tome huit au tome trente-et-un, il n'y a que ça avec juste une pause de deux tomes pour tenter un jeu de dès. L'auteur avait déjà présenté le jeu Magic and Wizard, son nom dans le manga, dans les tomes deux et cinq et ne pensait pas spécialement y revenir mais c'était sans compter sur l'envie des lecteurs de découvrir de nouvelles cartes. Comme souvent dans les mangas, Takahashi est soucieux de satisfaire ses lecteurs et s'est exécuté. Et on ne va pas s'en plaindre, d'ailleurs. Car si les premiers jeux étaient variés (jeux de yo-yo, jeux de hasard,…), ils étaient surtout l'occasion pour Yugi de se venger de ses premiers ennemis et n'étaient pas vraiment passionnants. Pas non plus déplaisants,  mais pas forcément le genre de choses que l'on relit indéfiniment. Le jeu de carte lui s'inscrit bien mieux dans l'intrigue (le passé du pharaon y est lié) et est nettement plus dynamique, ce qui est paradoxal pour un jeu de carte censé être statique. Mais les duels ne servent pas seulement à amuser la galerie, ils ont aussi pour intérêt de donner une certaine personnalité aux personnages. Le deck (le tas de carte) définit bien souvent le duelliste quand on ne le connaît pas encore ou épouse le caractère de ceux que nous connaissons déjà. Yugi joue ainsi de manière assez fine, tout en tactique, alors que Jono-Uchi foncera plutôt dans le tas et que Kaiba déploiera une puissance de feu gigantesque. De même pour les ennemis: le plutôt second degré Pegasus optera pour des monstres toonesques au look gentillet alors qu'ils sont redoutables. Même chose pour le plus perfide Bakura, qui joue comme il vit, attendant son heure pour mieux frapper… Les duels sont souvent passionnants et plein de rebondissements, les possibilités offertes étant quasi-infinies. Pour ceux qui aiment, les duels sont le gros avantage du manga mais ce dernier ne se repose pas que là-dessus…

Car de bons duels sans de bons personnages, ça n'aurait pas grand intérêt. Fort heureusement, Takahashi sait créer des persos intéressants, le plus souvent torturés et compliqués, voir évolutifs. Ce n'est pas tellement du coté des gentils qu'il faudra chercher car s'ils sont sympathiques, aucun ne restera vraiment dans les annales si ce n'est Yugi, héros très charismatique et peu envahissant. Jono-Uchi est un brave gars, relativement attachant tant il est bête mais souvent impressionnant et synonyme de bonnes surprises mais voilà, il ne fait clairement pas le poids face aux rivaux et ennemis. C'est eux qui font tout le spectacle et ils savent s'y prendre, les diables. Prenons Seto Kaiba, par exemple: il est le rival numéro un du pharaon et était, au début, une véritable ordure. Il a tenté de les écraser sous des cubes de béton, a lancé un fou à tronçonneuse à leurs trousses, des tueurs professionnels,… Et pourtant, sa rencontre avec Yugi va le changer, en bien évidemment. Mais pour autant, Kaiba ne va pas devenir un agneau comme c'est souvent le cas dans les shonen. Gardant son coté hautain et supérieur, il deviendra plus gentil au fil des tomes mais restera souvent provocateur, prenant notamment tout son temps pour sauver un Jono-Uchi en train de se noyer. Même constat pour Marik, intéressant méchant qui est persuadé que l'assassin de son père est Yugi alors que le coupable n'est autre que… lui-même! Il va tout faire pour se débarrasser du pharaon avant de laisser la place à son double, encore plus mauvais et malsain. Car Yugi n'est pas le seul à héberger un esprit en lui et outre Marik, on doit aussi noter le génial Bakura. Etre le plus gentil imaginable lorsqu'il est lui-même, il devient quelqu'un de profondément insidieux et mauvais, ne reculant devant rien pour parvenir à ses fins, même à s'automutiler ou à patienter pendant de nombreux tomes avant de réapparaitre. Même si les versions américaines et françaises ont largement censuré leurs faits et gestes, contribuant à faire passer l'anime pour un truc pour enfants, les mauvais dans YGO sont loin d'être des anges et sont bien plus noirs que beaucoup d'ennemis rencontrés dans divers shonen pourtant moins considérés comme enfantins…

Pour ne rien gâcher, le Kazuki est un bon dessinateur et possède son propre style. Les persos sont assez maigres, tout en hauteur avec de longues jambes bien fines. Ce qui peut choquer un peu quand on tombe sur le manga devient vite habituel et on se rend compte que cela rend les planches assez vivantes. Il se débrouille très bien aussi niveau confection de monstres et plus ça va, plus ils sont originaux. Insectes, guerriers, dragons,… Le dessinateur semble à l'aise avec tous, même les plus compliqués. Il est certes aidé par des assistants compétents mais il faut tout de même lui reconnaître beaucoup de talent. Bon, ça n'a pas toujours été comme ça et les premiers tomes sont particulièrement laids, il faut bien l'avouer. Yugi était une sorte de nain à grosse tête et le pharaon ressemblait à un elfe démoniaque. Mais il s'est amélioré à chaque tome, ce qui saute aux yeux à chaque ouverture du livre. Son style s'est encore affiné dernièrement aux vues des nouvelles covers faites pour la réédition japonaise du manga. Dommage qu'il semble rester sur ses acquis et profiter de ses droits d'auteurs et n'a pas l'air d'avoir envie de commencer une nouvelle série…

Si on récapitule, YGO a de bons persos, un concept séduisant et des dessins impeccables. Alors tout va dans le meilleur des mondes ? Ce serait trop beau et YGO souffre de défauts assez gênant… Le premier et le plus flagrant est la figuration de certains personnages. Certains mangakas plantent des arbres dans le décor pour combler le vide, Takahashi crée des personnages. On se retrouve donc avec des Honda, Anzu ou Otogi qui ne disent pas grand-chose, se contentant d'observer les duels sans les commenter plus que ça. Une manière de faire un peu étrange, difficile à expliquer… Autre problème: Takahashi a bien du mal à garder l'intérêt de sa série constant. A son grand regret, les parties avec les cartes sont souvent les meilleures et dès qu'il tente de s'en éloigner, c'est un échec. La partie avec les dès n'est pas vraiment passionnante et les deux petits tomes qui la composent semblent pourtant bien longs… Même constat avec la dernière partie, celle de la mémoire du pharaon qui laisse de coté les cartes pour être bercée au rythme de combat de monstres invoqués par des tablettes de pierre. Un peu trop classique, cet arc est plus faible et ne sera pas lu de nombreuses fois. Dommage pour celui qui clôt la saga, à peine sauvé par une ambiance et des décors aux petits oignons, l'Egypte ancienne étant très séductrice, ainsi qu'une probable prise de conscience de Takahashi. Ainsi, après cinq tomes passés à ce régime, il décide de faire revenir le duel de cartes, permettant de clore la série en beauté. Car pour une fois, on est nullement déçus par la fin, même si elle laisse certaines choses sans résolution (l'amour d'Anzu pour le pharaon). Reste que la série ne se remettra jamais du Battle City, partie centrale du manga et de loin la plus réussie. Tout ce qui a avant et après semble bien fade après ce tournoi passionnant qui, fort heureusement, est le gros du manga avec un étalage de plus quinze tomes.

Au final, YGO est un shonen relativement classique si on omet les cartes et qui est même un peu plus sombre que les autres. Malheureusement, son concept l'empêche de toucher tout le monde (les jeux de cartes ne peuvent pas plaire à tous) et la version française de la série animée a fait beaucoup de tort à ce manga qui ne méritait pas ça. Laissez-lui une chance, YGO est bien plus adulte et meilleur que vous ne le pensez…

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Mis à jour ( Jeudi, 18 Février 2010 15:02 )