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Auteur:
Année de création:
Nombre de tomes:
Editeur:

Genre:

Kiminori Wakasugi
2005
en cours
12 Bis
Comédie musicale

Les mangas, c'est un petit peu comme une encyclopédie des mouvements parallèles, des trucs plus underground. Après avoir attaqué le rock avec Beck et Nana, aux rollers avec Air Gear ou encore au tuning avec Initial D, c'est au metal que s'intéressent nos estampes préférées. Et ce pour notre plus grand bonheur. Go To DMC !!!

Le death metal, c'est pas un style de mauviettes. Pas de chant lyrique de gonzesses ou de phrasés issus du rap ici, que des grosses rythmiques à cent à l'heure et un chant caverneux tout droit sorti de l'enfer. C'est ce style que joue Detroit Metal City, le groupe le plus prometteur du genre au Japon et celui sur qui circule les pires rumeurs. Composé de trois démons issus de l'enfer, le groupe a de nombreux fans, tous acquis à la cause de Jagi le bassiste cracheur de feu, de Camus le batteur supersonique et de Krauser, l'empereur du death metal. Ce dernier est particulièrement apprécié, et redouté, puisqu'il parait qu'il a tué ses parents et a formé le groupe après être sorti de prison. Il semblerait également qu'il vive en enfer et qu'il ne sort de sa résidence diabolique qu'à l'occasion de quelques concerts. Pire que Chuck Norris, il n'est pas vraiment le genre de personne sur laquelle on crache. Sauf qu'en civil, le Krauser n'est pas aussi effrayant, loin de là. C'est Sôichi Negishi qui prend ses traits la nuit et qui le jour est plus proche du premier de classe que du diable. Fan de pop suédoise et de bon goût (il aime tout ce qui est branché), Negishi est un être sensible et tendre, tout le contraire de l'immonde personnage qu'il incarne. Détestant ce qu'il fait au sein de DMC, il ne peut pas quitter le groupe pour autant puisque tyrannisé par la Boss, métalleuse s'occupant du groupe et à la poigne de fer, qui serait bien capable de le tuer… Negishi se retrouve donc embarqué dans cette macabre mascarade, pour le meilleur et, surtout, pour le pire.

Inutile de tourner autour du pot pendant dix ans: DMC est probablement le manga le plus drôle de ces dernières années, voir LE plus drôle. Il se range instantanément aux cotés des GTO et consorts, et ce dès son premier tome. Il faut dire qu'il est bien difficile de résister aux mésaventures de Negishi. Tel un ange tombé en enfer ou une rose sur un tas de merde, le tendre jeune homme en prend véritablement plein la tronche. Amoureux depuis des années de Yuri, une charmante jeune fille ayant les mêmes goûts que lui, le pauvre Negishi a bien du mal à lui déclarer sa flamme. Paniqué a l'idée qu'elle découvre qu'il chante dans une horreur comme DMC, il perd toujours tous ses moyens. Pire: il commence à développer une double personnalité, Krauser étant désormais profondément ancré en lui. Et bien entendu, c'est toujours dans les pires moments que le monstre surgit. Un délicieux "je t'aime" peut donc vite se changer en un inopportun "je vais te bouffer la chatte". Comme vous pouvez le voir, le manga s'arme d'un humour plutôt vulgaire et direct (voir soudain). Si vous êtes allergiques aux insanités et vulgarités, cessez de lire cette chronique: il n'y a que ça dans DMC. Les pires obscénités nous sautent aux yeux à chaque page (ou presque), et quand elles ne sont pas verbales, elles sont graphiques. On ne compte plus le nombre de fois où Krauser mime des actes sexuels divers et variés, cela relevant presque de l'infini. Même les autres personnages s'y mettent: entre ceux qui veulent se déféquer dans la bouche et ceux qui picolent en s'octroyant une petite fellation, tout en gardant de dangereux serpents autour du coup, il y a de quoi faire dans DMC au niveau insanités. Si vous souhaitez offrir un premier manga à votre enfant de sept ans, ce n'est pas forcément celui-ci qui vous est conseillé. Dans le fond, le manga est dans le même esprit que celui de la musique dont il s'inspire: sans compromis.
Le personnage de Krauser incarne ça à la perfection, d'autant qu'il est un véritable monstre de charisme. Car même si l'on sait que c'est un petit mec à coupe au bol qui se cache derrière le grand chevelu méphistophélique, on ne peut s'empêcher de voir deux êtres bien distincts, comme si Krauser existait par lui-même. D'ailleurs, hormis quelques pensées intérieures de Negishi dans certaines situations, il se transforme souvent totalement en ce monstre satanique. Mais l'auteur n'oublie pas de le rendre irrésistiblement drôle, des petites remontées de tendresse venant ponctuellement égayer le visage du métalleux.

Mais si Negishi a bien du mal à contenir son "autre lui", il n'est guère aidé par son entourage. A commencer par la Boss, véritable furie n'hésitant pas à le cogner lorsqu'elle est mécontente. Il suffit de voir le chapitre où elle débarque chez lui pour décorer sa piaule de manière un peu plus infernale pour voir qu'elle ne recule devant rien, prête à droguer Negishi pour qu'il soit un peu moins coincé. De plus, le pauvre garçon ne peut pas vraiment compter sur les deux autres membres du groupe. Wada (alias Jagi le bassiste) est un poltron un brin lèche-cul qui n'est pas du genre à se rebeller contre la Boss. Plutôt fan de J-rock, il espère mener DMC vers un succès international, ce qui met parfois Negishi dans des situations délicates. Quant à Nishida (qui se transforme en Camus, le batteur), c'est un type mystérieusement inquiétant. Toujours à arborer un petit sourire pervers et à parler en murmurant, il semble plutôt dangereux si l'on se réfère à ses faits et gestes. Negishi ne peut clairement pas compter sur eux et il ne se fait d'ailleurs pas trop d'illusions à ce niveau là. Mais le pire, ce sont encore les fans de DMC. Complètement tarés, ils croient férocement en tout ce que dit Krauser, persuadés qu'il vient véritablement de l'enfer. Ils sont du genre à se rassembler en ville pour faire des conneries au nom de DMC, ce qui crée chez Negishi un sentiment de culpabilité. Comme il a peur que ces énergumènes ne créent des problèmes sur la voie publique, il se sent obligé de se déguiser en Krauser pour les calmer et… pète un câble et fait pire qu'eux ! Indéniablement, le monde du metal a une influence sur Negishi, néfaste selon le brave homme qui est en fait les yeux du lecteur lambda (lambda dans le sens "non-métalleux"). Comme beaucoup de monde, il les voit comme des cinglés, guère aidé par les spécimens qu'il croise. Entre les membres de Deazm qui vouent un culte aux excréments, Helvete qui sacrifie des fans et Jack Il Dark qui emmène un taureau sur scène, il n'est pas évident de se faire une opinion favorable de ces braves gens. L'auteur a tout de même bien cerné ce que sont les métalleux, ou en tout cas la majorité d'entre eux: des gens bruyants et parfois un peu bas du front, mais finalement passionnés et attendrissants. Car si les fans passent souvent pour des imbéciles agressifs au début, ils se montrent finalement assez gentils et dévoué à Krauser par la suite. Il est finalement assez surprenant d'apprendre que le mangaka n'aime pas trop le metal tant il semble le connaître (il connaît bien l'arbre généalogique du style, preuve qu'il s'est documenté et n'est pas tombé dans les clichés faciles) mais dans le fond, ce n'est pas plus mal. S'il était un féroce défenseur de cette musique, aurait-il rendus tout cela aussi drôle ? Le doute est permis.

Même si DMC est un manga purement humoristique et qu'il délaisse un peu le coté musical (on ne peut pas dire que le fait que ce soit du death metal soit spécialement important ici), il n'en est pas un manga sans fond pour autant. Et bizarrement, ce n'est pas forcément le milieu du metal, qui est dépeint avec exagération (puisque les métalleux ne sont pas vraiment comme ça),  qui est le plus amusant. Ce qui est surprenant, c'est la psychologie de Negishi/Krauser. Comme dit plus haut, le jeune homme change régulièrement de personnalité pour devenir aussi vulgaire que celui dont il joue le rôle, ce qui lui crée de nombreux problèmes. Mais paradoxalement, lorsque le caractère réel du jeune garçon ressort en plein concert de DMC, cela est plutôt bénéfique au groupe. Les habilités acquises par Negishi lorsqu'il vivait chez ses parents fermiers lui permettent notamment d'échapper à certaines situations délicates. Devons-nous voir là-dedans quelque chose du genre "la normalité l'emporte sur le metal, qui est néfaste de A à Z ?". Non car le metal sert lui aussi Negishi. Toujours dans le paradoxal, Negishi ne rencontre aucun succès en faisant la musique qu'il aime, se prenant même quelques moqueries de la part de gens comme lui. Alors qu'une fois sur scène à balancer la sauce et en hurlant, il est adulé immédiatement ! Il est fait pour ce qu'il déteste, Wada disant souvent qu'il est un Metal Monster, ce qui est totalement vrai. Et à force, il se surprend lui-même à headbanguer comme un malade sur certains morceaux, preuve qu'il évolue. Car pour un manga parodique, DMC soigne tout de même pas mal la psychologie de son héros, plus qu'on aurait pu le croire de prime abord. Et c'est la même chose niveau graphisme. Si les premiers chapitres n'étaient pas dotés des dessins les plus attirants possibles, l'auteur s'est très vite amélioré et a finalement peaufiné son manga. Bon, son trait reste assez simple, à base de personnages aux têtes assez rondes, mais il est efficace et on comprend tout de suite ce que nos yeux voient. Un bon point supplémentaire pour DMC, donc.

Au final, DMC est un manga sans réels défauts. On pourra peut-être penser qu'il est au final assez inégal mais tous les sketches peuvent difficilement être de qualité constante. L'œuvre ne parlera peut-être pas à tout le monde non plus. Même si être intéressé par le metal n'est pas une condition importante (ceux qui n'aiment pas se marreront peut-être de plus belle), il faut par contre ne pas être trop réfractaire à l'humour grossier et méchant. Car DMC ne fait pas dans la dentelle et laisse Krauser ruiner les moments les plus attendrissants avec une hargne rare. Certains métalleux seront peut-être aussi emmerdés qu'on parodie leur univers, ils devraient plutôt s'en réjouir car DMC tord le cou à de nombreux préjugés, en prouvant que jeu de scène macabre ne veut pas dire membres macabres dans la vraie vie. Non, trouver des défauts à DMC est comme chercher une aiguille dans une botte de foin. Voir dans une étable toute entière. En un mot comme en cent: culte.

Meier Link


 

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Mis à jour ( Jeudi, 18 Février 2010 15:03 )