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Dimanche, 14 Février 2010 14:34
Author: Meier Link
Rob Zombie est un vétéran des temps moderne, une sorte de Capitaine Caverne touche à tout et sur tous les fronts qui reste pourtant moins connus que ses confrères. Il officie dans la musique depuis les années 80, s'efforçant de fournir un metal à la fois moderne et accrocheur, mais est moins cité que des formations comme Slipknot ou System Of A Down, pourtant nettement moins talentueuses. Et c'est le même prix pour ses films: des petites perles horrifiques, qui regardent vers le passé tout en restant contemporaines. Mais des Hostel ou Saw, moins originaux, lui volent encore la vedette. Pourquoi le succès du Rob reste aux USA ? Qui est-il vraiment ? Entrez dans le manège de la peur…
La vie de Rob Zombie, c'est un peu une success story, en plus macabre et fun. Pourtant, rien ne laissait présager un tel parcours au chanteur. Né le 12 janvier 1966 dans le Massachusetts dans une fille travaillant dans le monde du cirque depuis deux générations. Au milieu de ces forains, on imagine que le jeune Robert Cummings (son vrai nom) a probablement croisé des femmes à barbe et autres bizarreries, ce qui développa chez lui un amour de l'étrange. Ce qui tombe plutôt bien puisqu'il était considéré comme le gamin bizarre de son école, pas forcément du genre sportif et encore moins populaire. Il jouait tout de même au hockey et désirait même être professionnel à l'époque, mais cette envie disparu bien vite. Ce qui changea sa vie, c'est la découverte des comics et, surtout, d'un album. Un jour, en allant chez un disquaire, le jeune homme tombe sur deux albums qui attirent son attention. Un des Beatles et "Creatures of the Night" de KISS. Comme il le dit lui-même, il avait le choix entre les hippies ou les super-héros. Autant dire que pour un garçon de son âge et ayant ses gouts, le choix fut vite fait. Rentrant totalement dans l'univers fantastique au niveau musical, il décide de pousser la chose encore plus loin en rentrant dans le niveau cinématographique. Il découvre donc des films d'horreur, ce qui devient sa grande passion. C'est décidé, d'une manière ou d'une autre, il sera lié à tout cela.
Mais on ne devient pas ce que l'on souhaite d'un coup de baguette magique, le chemin étant long et parfois semé de petits boulots. Ainsi, après avoir abandonné le lycée pour une école d'art, Rob passe par des boulots alimentaires comme technicien sur une émission de télévision, messager à vélo ou encore maquettiste pour un magasine porno. Ce n'est qu'après tout cela qu'il se lance dans la grande aventure de la musique et forme son premier groupe: White Zombie. Fidèle à ses amours, il nomme le groupe ainsi en référence à un vieux film du même nom, datant de 1932 et avec Bela Lugosi. Et comme c'est mieux si l'on est bien entouré, il donna le poste de bassiste à sa petite amie de l'époque, Sean Yseult, alors qu'il prendra le poste de chanteur. Si White Zombie est surtout connu pour être l'un des premiers groupes à avoir lancé le mouvement dit indus metal (un metal assez froid, ayant recours à des machines ou des samples), les débuts n'étaient pas vraiment du même acabit. Bien loin du metal accrocheur et bourrés de refrains mémorisables qui allaient arriver par la suite, le groupe jouait à ce moment une sorte de garage-rock un peu psychédélique, à la croisée du punk et du metal. Rob s'occupait d'à peu près tout, de la composition à l'organisation des concerts, en passant par le design des pochettes ou des T-shirts. Ils firent plusieurs 45T. et un E.P. (un cd ne contenant généralement que 4 ou 5 chansons) avant de faire leur premier album: Soul Crusher. Suivra rapidement Make Them Die Slowly, toujours dans un ton psychédélique, l'influence des films d'horreur sur Rob se faisant surtout sentir dans les paroles et l'imagerie. Mais voilà, même s'ils sont de plus en plus connus et qu'Iggy Pop les soutient, le groupe n'est pas satisfait de la musique produite. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si aucune des chansons de ces albums n'est jouée lors des concerts…
Mais tout s'arrangera par la suite avec la signature chez Geffen Records, en 1990 (soit 5 années après la formation du groupe). Deux ans s'écoulent et le groupe sort La Sexorcisto : Devil Music Vol. 1. Un album qui garde quelques bribes du passé mais qui évolue tout de même vers quelque chose de plus lourd, de plus heavy, de plus metal. Cela fonctionne plutôt bien et la bande enchaîne les concerts. La chanson "Thunder Kiss 65" devient un hit qui sera même remixée par KMFDM, l'un des groupes fondateurs du style industriel. Les idées germent dans la tête du vocaliste et il crée en 1995 ce qui restera une des pierres angulaires du style: Astro Creep 2000. Terminé les folies psyché et le coté garage rock, White Zombie donne plus d'importances aux samples et rend sa musique plus accrocheuse. L'album, très varié, regorge de hits et va rencontrer un grand succès (triple disque de platine). Rob Zombie reçoit même une récompense aux MTV Awards pour sa réalisation sur le clip de "More Human Than Human", hit ultime du groupe. L'expérience de réalisateur lui ayant plus que plu, il se chargera de faire la même chose pour tous les clips du groupe, voir même pour les copains (Prong) ou la famille (Powerman 5000, groupe de son petit frère). 96 semble l'année de la consécration pour lui et le groupe puisque, fort de son succès, Astro Creep 2000 a droit à un album de remix, Supersexy Swingin' Sounds, très réussi et qui rencontrera lui aussi un succès important. Il semblerait aussi que les dessins de Rob trouvables dans le livret d'Astro Creep avaient tapé dans l'œil de plusieurs personnes, notamment Mike Judge. Réalisateur et tête pensante de la série Beavis & Butt-Head, qui soutenait déjà White Zombie à travers quelques épisodes, l'homme propose à Rob de dessiner et concevoir une scène dans le film où ses deux personnages traversent l'Amérique. Rob accepte et se charge donc de la scène d'hallucinations de Beavis dans le désert après que ce dernier ait avalé un champignon douteux. Non content de créer un véritable trip monstrueux, le brave homme signe également la musique de la scène. C'est le début de la gloire, le nom du groupe circulant de plus en plus. Ils se retrouvent même dans les bandes-originales de plusieurs films fantastiques comme Los Angeles 2013 ou Judge Dredd mais aussi de comédies comme Ace Ventura 2. Mais c'est au beau milieu de cette foire à la reconnaissance que Rob quitte le groupe (et Sean Yseult par la même occasion), désireux de tenter l'aventure en solo…
Disons ce qui est, lorsqu'un musicien quitte la barque comme ça pour se lancer en solo, il est permis d'avoir très peur. D'autant plus que White Zombie n’a pas survécu au départ de Rob, qui emporta avec lui le batteur John Tempesta. Mais finalement, c'est un mal pour un bien, Rob Zombie s'octroyant les services de Blasko et Riggs, respectivement bassiste et guitariste. Tout ce beau monde décide de garde la recette qui avait fait le succès d'Astro Creep tout en passant la seconde, la vitesse d'exécution montant d'un cran, Tempesta martelant sa batterie avec plus de rage comme il le fit pour des groupes de thrash comme Exodus ou Testament. Hellbily Deluxe naquit donc de cette union nouvelle en 1998, poussant les choses encore plus loin que ne le faisait White Zombie. Samples, refrains mémorables, riffs rythmés et tranchants, ambiance horrifique: tout est là pour le plus grand bonheur des fans. L'album est rempli de hits qui comme "Dragula", "Superbeast" ou "Living Dead Girls", chansons encore utilisés très régulièrement pour des films alors qu'elles sont vieilles de plus de dix ans. Comme d'habitude, Rob tourne des clips pour ces tubes, ce qui lui permettra de rencontrer l'amour, à savoir Sheri Moon, qui jouera dans tous et qui ne quittera plus le barbu. Désormais doté d'un budget plus confortable, le démon du metal industriel soigne ses concerts au maximum, les voyant comme de vrais spectacles. Strip-teaseuse, robots géants, mains mécaniques pour le chanteur,… C'est à un cirque infernal que Rob Zombie convie les métalleux, forcément réjouis. Comme à l'époque de White Zombie, Rob Zombie se retrouve dans toutes les bonnes B.O., celles de films d'horreur comme La Fiancée de Chucky, Blair Witch 2, Psycho mais aussi de blockbusters comme Matrix. Mieux encore, le bonhomme devient comme Alice Cooper, son idole, à savoir un boogeyman. Il devient ami avec le chanteur, avec qui il fera des duos. Hellbilly Deluxe ayant eu un très gros succès (3 millions d'exemplaires vendus), il était logique qu'il ait droit lui aussi à son album le remixant, American Music Made To Strip By. Moins réussie que la première, elle ne restitue pas vraiment la grandeur de l'album d'origine mais s'est tout de même très bien vendue. Rob tenta ensuite de percer dans le cinéma, notamment en essayant de réaliser le troisième film de la franchise The Crow. Malheureusement, cela se termine mal et Rob doit y renoncer. Il se rabat malgré tout sur scénario écrit par lui-même: House of the 1000 Corpses. Le film se fait financer par Universal, Rob prend bien le temps de le tourner, non sans donner un rôle à sa désormais femme Sheri Moon Zombie. Mais voilà, lorsqu'il montre le produit fini aux dirigeants de la firme, tout le monde prend peur. Trouvant le film trop bizarre et dénué de morale, ils refusent de le sortir. Rob va donc devoir repartir à la chasse aux maisons de productions mais, dans la foulée, ressort un album: The Sinister Urge. Dans la lignée de son prédécesseur, Rob ajoute juste quelques teintes plus pop ou funky à son metal industriel, toujours aussi efficace. Il se permet même d'inviter quelques illustres amis comme Ozzy Osbourne, Kerry King de Slayer ou Tommy Lee de Motley Crue.
Mais voilà, même si Rob est toujours capable de sortir de grands albums, sa tête est ailleurs. Elle est dans le cinéma, et garder House of the 1000 Corpses dans son tiroir pendant 4 ans commence à le peser. Mais une légende se crée autour du film au fil du temps. Logique, tout le monde veut voir le fameux film qui a fait peur à tout Universal. Et ça, Lionsgate Films l'a bien compris et décide de sortir le film, profitant du buzz. L'œuvre déjantée est donc désormais visible, pour le plus grand bonheur des impatients. Et si le film déçoit un peu au niveau de la violence (même s'il est rude, on imaginait pire), il nous prouve instantanément qu'il est de Zombie. Les séquences s'enchainent comme les parties clipesques, donnant l'impression de tomber dans un grand trip macabre et drôle à la fois. Racontant l'histoire d'un groupe de jeunes qui tombent en panne et se retrouvent dans la baraque d'une famille de cinglés, les Firefly, qui vont se faire un plaisir de les éradiquer. Donnant dans un style proche de Massacre à la Tronçonneuse (d'ailleurs, Rob donne un rôle à Bill Moseley, acteur dans Massacre à la Tronçonneuse 2), en bien plus dingue, le film part un peu dans tous les sens et est très prometteur pour un premier essai. Très drôle lorsqu'il le faut, tout aussi effrayant quand c'est nécessaire, le film fait mouche grâce à sa galerie de personnage. D'ailleurs, leur créateur va très vite en tomber amoureux et profiter du petit succès du film pour se lancer dans l'aventure d'une suite: The Devil's Reject. Fini les délires de série B, Robert décide cette fois d'entrer de plein pied dans la réalité, les Firefly sortant de leur tanière pour une cavale sanglante en plein dans les années 70. Poursuivis par un flic vengeur et un peu fou incarné par l'excellent William Forsythe (son frère a été trucidé dans le premier film), on découvre nos tueurs sous un jour nouveau et… dérangeant. En effet, Rob Zombie nous les montre plus humains, ces tueurs s'aimant, formant une famille, doutant, blaguant. Un pari osé, la critique et les comités de censure n'aimant pas particulièrement que l'on fasse passer des ordures pour des gens normaux. Mais voilà, Rob ne juge personne et se contente de montrer avec le plus de recul possible même si l'on sent bien qu'il les aime plus que tout. Pari gagnant, le film étant résolument à part, en plus d'être réalisé avec brio. Dans la foulée, notre ami sort un nouvel album, Educated Horses qui, comme The Devil's Reject, opte pour quelque chose de moins horrifique. Rob ne tente plus de faire peur, laisse tomber le maquillage et opte pour un look plus classique, à base de cheveux longs blonds et de veste en jeans. La musique perd donc son mordant, plus posée et rock'n roll. Même s'il reste quelques jolis brulots, l'album est clairement moins bon que les précédents, doté de moins de charme…
C'est devenu la coutume, tout réalisateur débutant faisant un film d'horreur qui fait parler de lui se voit proposer un remake. Et même si Rob Zombie a souvent déclaré qu'il ne tomberait pas dans ce travers, il va tout de même accepter pour un: Halloween. Plutôt fan du classique de Carpenter, le chevelu se lance dans l'aventure, avec dans l'idée d'apporter sa patte. Halloween devient donc une œuvre plus moderne dans le ton puisque moult injures sont utilisées mais garde tout de même un œil vers l'œuvre originelle. Ainsi, si le début change la donne en montrant l'enfance de Michael Myers, la suite se veut plus classique, très proche du film de Big John. Comme son film, les fans sont un peu divisés, mécontents de voir l'icône du mal qu'est Myers plus humanisé mais aussi satisfait de la forme donnée par Rob. Le film n'en reste pas moins un chef d'œuvre, un métrage à la fois diffèrent de l'original et si proche, qui l'égale sans problème, même s'il ne bénéficie pas du statut culte, ce qui ne le sert guère. Reste que Rob rempile pour un second opus qui risque de bouleverser encore un peu plus les fans, le Myers nouveau ayant un look pour le moins diffèrent d'avant (en gros, c'est un clochard). Et avant ça sortira un nouvel album, pour le moment intitulé Dark Revelation.
Mais Rob Zombie n'a pas fait que cela ces dernières années puisqu'ayant également produit un film d'animation tiré de sa propre bande-dessinée: The Haunted World of El Superbeasto. Mais, surtout, il a obtenu la reconnaissance de ses pairs puisqu'il s'est vu proposé la réalisation d'une fausse bande-annonce pour le projet Grindhouse de Quentin Tarantino et de Robert Rodriguez. Rob crée donc une fausse B.A., comme demandé, avec des loups-garous nazi. Rob est devenu ce qu'il souhaitait être enfant, reconnu comme une icône musicale et bientôt cinématographique. Il a même été immortalisé en poupées parlantes et en figurines, à l'image des Freddy, Jason et Michael Myers qu'il aime tant. Et même s'il est devenu populaire, malheureusement seulement aux USA parce qu'il refuse de tourner en Europe (son matos de cirque coutant trop cher à transporter), il n'a pas changé. Tout l'argent qu'il gagne ne sert qu'à être dépensé dans des breloques à son gout, comme une chaise électrique ou des armures. Rob est resté le fan d'antan, qui fait des films de fan pour les fans. Et c'est bien pour ça qu'on l'aime, Rob Zombie, parce qu'il est généreux et honnête.
Petite update nécessaire. Son nouvel album est sorti et ne s'intitule plus Dark Revelations mais Hellbilly Deluxe 2. C'est un album dans la droite lignée d'Educated Horses, en un peu plus réussi. Ca ne ressemble donc pas tant que ça au premier Hellbilly mais cela reste un album sympathique.