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Réalisateur:
Année:
Durée:
Pays:

Genre:

Hayao Myazaki
2001

124 minutes
Japon
Fantastique

Il y a des génies dont on n'attend plus rien. Pas qu'ils nous aient déçus, loin s'en faut, mais parce qu'ils ont déjà créer tant de chefs d'œuvre qu'on ne peut décemment pas imaginer qu'ils pourront aller encore plus loin. Et pourtant, Myazaki fait partie de ce cercle très privé et il nous l'a prouvé en 2001 avec Le Voyage de Chihiro.

Remettons-nous dans le contexte d'époque: le dernier Myazaki sorti fut Princesse Mononoke, quelques années plus tôt et il fut le premier à rencontrer un succès en dehors des initiés de la japanimation. Plus fort, le film va créer des passions et montrer au monde entier que les animes, ce n'est pas que Dragon Ball et Sailor Moon. Et bien entendu, c'est aussi cette petite bombe qui a fait connaître Hayao Myazaki à beaucoup de monde. Alors forcément, le maestro était attendu au tournant, et pas qu'un peu… Et malgré sa filmographie que tous envient, il n'a pas dû être aisé pour lui de passer après ce monstre animé qu'est Mononoke Hime. D'ailleurs, il doit probablement être conscient qu'il fera difficilement mieux au niveau épique, donc autant partir dans une direction totalement opposée. Il s'attèle donc à l'histoire de Chihiro, jeune fille un peu capricieuse et pleurnicheuse qui, alors qu'elle déménage, va tomber dans un monde fantastique dont ses parents sont prisonniers, transformés en cochons. Histoire de redonner à sa famille une apparence humaine, elle va devoir travailler dans le bâtiment des bains, notamment pour la terrible Yubaba qui lui retire son prénom, la renommant Sen. Et comme le dit le titre original (Sen To Chihiro), elle va devoir s'en souvenir pour évoluer. Le Voyage de Chihiro est donc radicalement diffèrent de son aîné et difficilement comparable. Ce qui est sûr, c'est qu'il est aussi bon, voir meilleur…

Oubliez les combats à l'épée ou les arcs à flèches, les épreuves de notre petite héroïne sont plus banales à la base, c'est-à-dire laver le sol, préparer des bains,… Mais elles ne vont pas le rester longtemps, les clients étant pour le moins particuliers… Car dans ce monde, il n'y a que des esprits, tous plus étranges les uns que les autres. Myazaki puise dans la mythologie japonaise, qui visiblement l'inspire beaucoup, et nous sort un bestiaire des familles. C'est bien simple, sur la bonne cinquantaine de personnages qui nous sont présentés, la plupart se trouve être assez marquante. Que ce soit cet énorme tas de boue qui vient pour se laver, cet étrange personnage blanc au regard mou que croise Chihiro dans l'ascenseur ou encore l'inquiétant Sans-Visage, tous risquent fort d'êtres ancrés dans vos mémoires. Tous ne vont pas avoir l'honneur d'être important dans le film mais ils contribuent tous à sa réussite, c'est une évidence. Certains aideront la jeune fille, à l'image de l'énigmatique Haku, alors que d'autres feront plutôt office de bâtons dans les roues… Si de prime abord on peut imaginer que Chihiro va passer d'une épreuve à l'autre de manière assez linéaire comme Hercules faisait ses douze travaux, on se rend vite compte que Myazaki privilégie la surprise. Bien malin celui qui aura réussit à deviner la suite du film car plus encore que dans ses autres films, le réalisateur surprend. De nouveaux personnages font régulièrement leurs apparitions, bouleversant à chaque fois l'intrigue, continuellement relancée. Le Voyage de Chihiro est donc un film dans la continuité des autres œuvres de Hayao puisque refusant justement toute continuité pour renverser tout à tout moment. Et comme toujours avec lui, on se sent concerné immédiatement par ce qui se passe devant nos yeux…
Car si l'histoire semble moins dramatique, plus légère, que ne l'étaient celles de Nausicaä ou de Mononoke, il n'en est finalement rien. Chihiro n'a pas besoin d'être une guerrière pour rendre le spectateur tendu et ce qu'elle vit n'est pas spécialement enviable malgré le merveilleux monde dans lequel elle a atterrit. Son parcours est aussi passionnant que celui des autres héroïnes de l'auteur de Porco Rosso et est plus profond qu'on ne le pense. Pour retrouver son monde et ses parents, Chihiro doit retrouver son prénom, donc se retrouver elle-même. Pourtant, si elle reste la petite fille pleurnicheuse qu'elle est au début du métrage, elle ne s'en sortira jamais. Chihiro doit tout simplement grandir, garder ce qui fait d'elle ce qu'elle est tout en gommant ses imperfections enfantines. Assez agaçante au début, elle devient très vite aussi attachante que tous les autres persos, si ce n'est plus. Plus fort encore, Myazaki arrive à la rendre de plus en plus belle au fil du film alors que son dessin ne change pas. Malgré tout, même si cette jeune fille est charmante, le film n'est pas non plus entièrement porté sur ses frêles épaules. Non, ce qui en fait tout le charme et le propulse immédiatement dans la catégorie "Meilleurs Animes Jamais Créés", c'est ce monde fantastique. Très détaillé, superbement dessiné, c'est un monde de rêve qui nous est proposé ici. Un monde qui nous semble extrêmement vaste alors que, finalement, il n'en est pas montré grand-chose (un village, le bâtiment des bains, l'île de Zeniba, pas grand-chose de plus). A la fois joyeux et mystiquement inquiétant, c'est clairement un endroit qui mériterait d'être créé en parc d'attraction. Cet univers est encore sublimé par la musique de celui qu'on ne présente plus, Joe Hisaishi, qui fournit un de ses plus beaux travails, ce qui veut tout dire… Et pour l'animation, est-il utile d'en parler ? Tout le monde sait que Myazaki soigne ses films à l'extrême, Chihiro ne déroge pas à la règle et est une vraie merveille, de celles qui vous mettent des étoiles dans les yeux et qui vous font rêver la nuit. Et qui du coup rendent le réveil encore plus dur.

Le Voyage de Chihiro laisse tout de même une impression étrange. Celle d'être un film best-of, puisque l'on pense à Mon Voisin Totoro et Kiki La Petite Sorcière pour le début assez joyeux qui mute peu à peu en quelque chose de plus tendu et à des films comme Mononoke ou Nausicaä pour l'univers et pour le parcours initiatique. Ajoutez aussi une pincée de Porco Rosso pour le coté nostalgique. Mais pourtant, cet Alice aux Pays des Merveilles nippon a sa propre identité, une aura qui lui est propre. Un chef d'œuvre qui fait du neuf avec du vieux et qui est probablement le meilleur film du maitre… Indispensable pour tout fan de japanimation qui se respecte…

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Mis à jour ( Jeudi, 18 Février 2010 14:58 )