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Réalisateur:
Année:
Durée:
Pays:

Genre:

Yoshiaki Kawajiri
1993

92 minutes
Japon
Action, Fantastique


Si aujourd'hui le grand public est habitué de voir certains noms de réalisateurs japonais de long-métrages animés  comme Myazaki ou Kon, Yoshiaki Kawajiri reste relativement méconnu dans nos contrées. Aussi adulé aux Etats-Unis que le grand Hayao, si ce n'est plus, Kawajiri est quelqu'un qui compte dans le paysage audiovisuel animé. Il est l'heure de s'attarder sur ce qui reste son meilleur film: Ninja Scroll.

Japon, ère d'Edo, une épidémie de peste décime un village. Alertés par l'étrangeté de l'événement, un groupe d'enquêteurs est envoyé sur place pour tirer tout cela au clair, accompagné par la ninja Kagero. Mais une fois sur place, ils se font tous anéantir par un homme à la peau de pierre qui en profite pour kidnapper Kagero et tenter de la violer. Coup de bol pour la jeune ninja, Jubei Kibagami, un rônin solitaire et sabreur hors-paire, passe par là et la sauve. Très vite, le héros va se retrouver embarqué contre son gré dans un combat l'opposant aux huit démons de Kimon, de redoutables ninjas aux pouvoirs surnaturels, à la solde d'un énigmatique personnage qui aurait un passé commun avec Jubei…

Impossible à la lecture de ce résumé de ne pas penser à la saga des Baby Cart, les deux œuvres ayant par ailleurs quelques éléments en commun. Malgré tout, ce n'est pas du coté du cinéma que Kawajiri a été chercher des histoires pour créer son chef d'œuvre absolu mais dans un livre: Koga Ninpo Cho. Ecrit par Yamada Futaro à la fin des années cinquante, ce petit classique a été la source de plusieurs adaptations, les plus connues étant Basilisk et Ninja Scroll, donc. Si Basilisk est une adaptation fidèle, Ninja Scroll se veut bien plus libre puisque laissant tomber l'histoire d'amour à la Roméo et Juliette pour quelque chose de plus simple à mettre en image en une heure et demie.  Pour autant, Kawajiri ne laisse pas tomber tous les éléments des nouvelles et garde de nombreuses choses, notamment au niveau des pouvoirs et parfois de certains noms. La Kagero de Koga Ninpo Cho/Basilisk et celle du film qui nous intéresse ici ont beau avoir des caractères totalement différents, elles ont en tout cas un pouvoir en commun, à savoir celui d'avoir le corps empoisonné, pratique pour se débarrasser des hommes un peu trop entreprenants. L'ambiance sombre et le coté gore et érotique sont également intact, peu étonnant quand on a vu les précédents films du réalisateur, ces éléments faisant partie intégrale de son œuvre. Tout comme le fait d'opposer un héros à divers affreux qui disposent tous de pouvoirs divers, variés et originaux.

Le cinéma de Kawajiri, et peut-être encore plus avec Ninja Scroll, est clairement plus proche du cinéma d'exploitation que des mangas classiques. Le metteur en scène nous a clairement montré à travers ses films précédents qu'il s'adressait principalement aux adultes. Les éléments composant sa filmographie ne se prêtant pas outre mesure à une vision accompagnée de jeunes enfants (preuve en est le fait que le film fut censuré chez nous au départ, virant les scènes de coït et gores, ce qui devait amputer le film de quelques minutes tout de même…). Et dans sa liste de films, Ninja Scroll se pose clairement comme un aboutissement, un terme à la recherche du mélange gore/cul/baston absolu. Il faut dire qu'il est bien aidé avec un tel matériel de base, juste quelques soucis d'adaptation à faire et le tout était réglé. Probablement attiré par la multitude de pouvoirs dont disposent les ennemis, Kawajiri ne s'est pas gêné pour en ajouter de son cru, encore plus originaux. Ainsi à ceux déjà présents dans les nouvelles comme la femme empoisonnée, la dame aux serpents, le samouraï aveugle et l'être immortel s'ajoutent l'homme ruche envoyant des abeilles, le géant à peau de roche, l'amoureuse des explosifs, le contrôleur d'électricité et le ninja disparaissant dans les ombres (pouvoir récurrent chez le cinéaste). Avec une telle dream-team, le film promettait des scènes d'action dantesques et, Kawajiri oblige, les promesses sont tenues sans problème. Les scènes d'actions sont nombreuses (une toutes les cinq minutes environ), inventives et chorégraphiées avec talent. Relativement courtes, elles ne s'attardent pas en mouvements inutiles et vont droit au but, Kawajiri privilégiant les séquences coups de poing à l'épique longuet. Evidemment, l'animation est de qualité et renforce encore l'impact donnés par ces combats. Tout va très vite, trop pour que votre serviteur puisse en faire des screenshots satisfaisants mais pas assez pour que l'on y comprenne rien. Comme le film en contient un grand nombre et que tout se passe très vite et à de nombreux endroits, il faudra d'ailleurs plusieurs visions pour se souvenir de tout dans les moindres détails. Preuve qu'il y a à boire et à manger.

Maintenant, Kawajiri n'est pas doué que dans les affrontements et se révèle très talentueux lorsqu'il s'agit de mettre la pression et de poser une ambiance. Cette dernière est souvent lourde et les nombreux décors, très beaux au demeurant, semblent être tout autant d'hypothétiques cachettes pour les démons de Kimon. Le réalisateur use quelque fois de sa technique du "deux couleurs dans la scène, le noir étant toujours une des deux" qui marquait durablement la rétine sur ses pellicules précédentes. Moyen pratique pour notre réalisateur de donner un coté malsain à certaines scènes, idée probablement tirée de visions de giallo d'Argento, films d'horreur/policier italiens des années soixante multipliant les éclairages de ce style. Plus en retrait que d'habitude, Kawajiri ne s'en sert que lors de scènes de discussions principalement. Seul le combat contre Shijima, se déroulant au coucher du soleil, y ayant droit avec une teinte rouge plutôt glauque. Mais Ninja Scroll n'aurait pas forcément eu besoin de ces artifices pour mettre la pression, le fossé séparant le héros de ses adversaires suffisant bien à cela. Jubei n'est effectivement pas un héros doté de pouvoirs, il est juste un épéiste hors-pair extrêmement rapide et se retrouve souvent en grandes difficultés face à ses adversaires. C'est bien simple: s'il ne ruse pas, il est mort. Ce qui nous amène à voir ces combats comme des moments plutôt angoissants, ils sont loin d'être fun et obtiennent une dimension plus horrifique qu'épique. Même si on se doute que Jubei survivra jusqu'aux dernières minutes du film (mais verra t'il le début du générique ?), il n'en va pas de même pour ses compagnons Kagero et Dakuan, vieil homme espion et très perfide, dont la survie semble être mise à rude épreuve à chaque seconde…

Maintenant, c'est bien beau de donner un coté incertain au sujet de l'avenir de nos héros mais pour que cela fonctionne, il faut que l'on s'y attache un minimum. Un doute plutôt légitime vu que Kawajiri n'a pas toujours réussi à créer des personnages intéressants (Demon City étant l'exemple le plus flagrant). Mais c'est avec bonheur qu'on se rend rapidement compte que le brave homme fut inspiré lorsqu'il a fait l'ébauche de ses protagonistes. Même le héros se trouve être un monstre de charisme, ce qui n'était pas une mince affaire. Plutôt relax, voir goguenard, le jeune rônin est un grand dragueur qui n'hésite pas à lâcher quelques vannes par-ci par-là. Pour autant, lorsqu'il s'agit de faire parler la lame, il prend un tout autre visage.
Celui de quelqu'un de réfléchi, aux gestes précis et meurtriers. Jubei fait un peu penser à Spike de Cowboy Bebop (ou plutôt l'inverse, Ninja Scroll datant d'avant Cowboy), un mec cool mais dangereux. Ses compagnons s'en sortent très bien aussi, à commencer par Kagero. Jeune femme que son pouvoir condamne à la solitude amoureuse, chaque homme l'embrassant ou lui faisant l'amour étant voué à une mort douloureuse et cruelle, la ninja étant un véritable poison ambulant. Décidée à jouer la femme forte qui s'en moque, elle montrera des signes de faiblesses mentales assez régulièrement, son destin étant clairement un fardeau pour elle. Très touchante, et extrêmement belle, elle fait partie des meilleurs personnages féminins jamais créés dans un manga et participe grandement à la réussite du film. Même Dakuan, le vieil espion qui force Jubei à l'aider, est assez sympathique. Plutôt élément comique lors du film (il se casse la gueule, est lubrique), il est au final quelqu'un de plutôt inquiétant et fourbe. On s'attend à une trahison de sa part à tout moment et on ne sait pas vraiment quoi penser de lui. Enfin, les meilleurs pour la fin: les démons de Kimon. Non content d'avoirs des pouvoirs géniaux, ils ne sont pas en reste au niveau relationnel. Ils couchent tous les uns avec les autres et se jalousent méchamment, certains n'hésitant pas à s'entretuer pour des raisons purement personnelles. Groupe très complet, dont on ne sait finalement pas grand-chose, ajoutant un mystère attirant, ils font clairement le spectacle. Très effrayants pour certains (Shijima, le meilleur du lot), ambigu pour d'autres (Yuminaru, homosexuel avéré qui pourtant semble coucher avec plusieurs femmes), ils disposent tous d'un caractère bien tranché et sont tous différents.

Toutes ces qualités additionnées vous donnent ce qui reste un chef d'œuvre absolu du genre. Ne souffrant d'aucun défaut, Ninja Scroll est un peu le film d'action parfait, regroupant tous les avantages possibles et imaginables. Bien sûr, le coté outrancier pourrait ne pas plaire à tout le monde et il vaut mieux aimer le gore et ne pas être contre un peu d'érotisme (même s'il se trouve être assez malsain ici). Mais ces deux éléments renforcent clairement l'ambiance, aux petits oignons et gros point fort du film, et font partie intégrante de l'œuvre. Inoubliable et indispensable.

Meier Link


 

 

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Mis à jour ( Jeudi, 18 Février 2010 14:58 )