Si tu veux voir un thriller avec un garçon un peu déficient qui ne soit pas super fou non plus, je te conseille:
MotherEn 2003 sortait chez nous Memories of Murder, le meilleur film de tous les temps, qui nous transportait dans la campagne de la Corée du Sud de 1986, alors théâtre d'un sordide jeu du chat et de la souris entre l'incompétente police locale et un serial killer très doué. En 2006 sortait The Host, film de monstre où un poisson génétiquement modifié attrapait la fille d'un adulte paresseux qui se décidera à se bouger le cul pour retrouver sa descendance, aidé en cela par son alcoolique de frère, sa narcotique de soeur et son père. Et en 2009 sortait Mother. Le rapport entre les trois ? Le réalisateur, Bong Joon-Ho, tout simplement le meilleur metteur en scène de ces dernières années. Et meilleur tout court, d'ailleurs. Pour son nouveau film, le coréen s'intéresse au cas d'un attardé mental qui est accusé du meurtre d'une jeune fille. Il faut dire que tout l'accuse: présent sur les lieux du crime la nuit précédente, il semblait bien décidé à se faire dépuceler. Bien contente d'avoir un coupable tout désigné, la police le fout sous les verrous sans attendre et classe l'affaire. Ce qui n'est pas franchement du goût de la mère du garçon, brave femme qui travaille toujours alors qu'elle a la soixantaine bien entamée pour réparer les erreurs de son fils (qui casse par exemple le rétroviseur d'une bagnole couteuse). Mais leur avocat ne fait pas vraiment son travail non plus et la mère n'a plus qu'une solution: trouver l'assassin elle-même. Car pour elle, il n'y a pas l'ombre d'un doute: son gosse n'aurait jamais fait ça. Mother est assez proche de Memories of Murder dans la forme: un assassin qu'on imagine mystérieux, la campagne et ce coté "tout le monde connait tout le monde". On a presque l'impression que l'assassin pourrait être votre voisin. La victime, le coupable, les témoins, tout le monde se côtoie dans les petites bourgades de ce type, et on devine que cela arrangera tout le monde si c'est l'handicapé mental qui prend... Une idée qui avait déjà été mise en pratique dans Memories of Murder, les policiers étant persuadés que le coupable était le cinglé notoire. Je ne sais d'ailleurs pas si Bong Joon-Ho a côtoyé des attardés mais il sait les rendre crédible: dans un film comme dans l'autre, ils sont très crédibles. Le jeune homme de Mother n'est donc pas un fou qui imagine que la bonne de son père "se met nue pour sucer des queues", c'est juste qu'il ne sait pas décider tout seul de ce qu'il doit faire. Un éternel assisté probablement trop couvé par sa mère, qui le met en garde contre tout et rien. Et lorsque celle-ci va mener son enquête, son fils ne lui sera pas d'une grande aide: il ne se souvient que de détails insignifiants de la nuit du meurtre. L'enquête de Mother n'est pas simple car d'habitude, on a un indice, qui peut être l'arme ou un truc oublié sur le lieu du crime. Mais ici, il n'y a pas grand-chose si ce n'est la seule foi de la mère à avancer. Une enquête qui démarre d'ailleurs seulement vraiment lors de la deuxième heure, la première servant principalement à placer les personnages. La première heure peut d'ailleurs décontenancer un peu au départ mais on se rend compte par la suite que tout ce qui s'y trouve est légitime (ce qui fait que Mother est probablement un film qui doit se voir deux fois). Quant à la deuxième, elle tient toutes ses promesses. Contrairement à Shutter Island, il n'y a pas de twist ou d'artifice ici, la conclusion de l'enquête se faisant presque naturellement. Mais la conclusion n'a pourtant rien de classique et soulève (et a soulevé en Corée) de nombreuses questions... Mother était attendu comme le messie par ma personne et j'étais donc assez tendu lors de sa vision. J'avais peur d'être déçu et je l'ai un peu été au départ. La musique n'est pas aussi belle que celle de Memories of Murder, le film prend un peu plus de temps à démarrer aussi et l'ambiance est moins prenante. Mais une fois le film terminé, on comprend où voulait en venir le réalisateur et tout se met en place facilement, comme des pièces du puzzle tombant du ciel. La petite déception s'est changée en satisfaction et en envie de refoutre le dvd (TF1 video a fait du bon boulot, comme pour Memories d'ailleurs) dans le lecteur. La Corée du Sud est-elle en train de devenir le nouvel eldorado des thrillers (et je parle ici de VRAI thrillers) ? Elle ne va pas le devenir, elle l'est déjà.
Le Livre d'EliVous avez aimé The Road (ou La Route, c'est selon) mais vous trouvez que c'est un peu trop calme, que ça manque de baston ? Le Livre d'Eli est pour vous. Denzel Washington y incarne un homme qui se ballade dans un univers post-apocalyptique classique: tout est sableux et poussiéreux, les motards sont des cannibales et des violeurs, tout est crade,... Denzel traverse ce merveilleux monde, arme à la main, dans le but d'amener un livre à l'endroit où il doit être. Un livre qu'aimerait beaucoup avoir Gary Oldman, qui va tout faire pour s'en emparer. Le Livre d'Eli est une sorte de western moderne: on a le cowboy solitaire qui trimballe sa carcasse dans des décors désertiques, le duel en ville (avec les deux rangées de maisons de chaque coté), un héros dur qui décide de ne pas se mêler de ce qui ne le regarde pas (voir le clin d'oeil au viol de New York 1997),... Un film de l'ouest qui va pourtant prendre des références vers l'est: Denzel combat comme Zatoichi. C'est clair, c'est net, les frères Hugues (dont je suis content d'avoir des nouvelles, From Hell datant quand même...) apprécient le sabreur aveugle et le montrent. Le combat sous le tunnel, splendide, en est un hommage à peine voilé. C'est donc ça Le Livre d'Eli: la rencontre entre Mad Max 2, The Road et un Zatoichi (le film étant sorti l'année dernière, on pense plus volontairement au Zatoichi de 2003, de Kitano). Pour autant, s'il y a de l'action, elle n'est pas non plus au centre du film. Ce qui semble avoir intéressé les frangins en premier lieu, c'est le monde qu'ils filment (magnifiquement, par ailleurs). La reconstruction d'une civilisation, la question de la foi, une mini-critique de notre propre manière de consommer les choses,... C'est toutes ces petites choses qui font du film une réussite. Ce qui par ailleurs fera du bien à Denzel qui n'avait plus fait grand chose de bandant depuis Man on Fire, soit depuis 2004. Alors oui, on devine en cinq minutes quel est le livre transporté et oui, ce qui entoure le personnage de Denzel est particulier. Mais même quelqu'un comme moi qui déteste ce genre de sujet, je n'ai pas été gêné un instant. C'est que pour faire avaler la pilule, les frères Hugues ont proposé un nectar savoureux pour qu'elle glisse toute seule.
J'ai aussi acheté et vu La Horde, Armored (du réalisateur de Predators), Borderland, l'anime d'Highlander et Lovely Bones mais là je me sens pas de chier la même brique pour chaque
